17/07/2025

Les cépages historiques de Belgique : un regard sur le passé viticole et les raisons de leur disparition

Un climat médiéval favorable aux premières vignes

L'histoire viticole belge remonte au haut Moyen Âge. C'est à cette époque que les moines, principalement bénédictins et cisterciens, ont introduit la viticulture dans nos régions, influencés par leur rôle essentiel de fournisseurs de vin pour la liturgie. Mais ce phénomène ne s'est pas produit par hasard : il trouve ses racines dans un contexte climatique favorable.

Le climat médiéval, souvent appelé l'optimum climatique médiéval (environ 900 à 1300 après J.-C.), offrait des conditions bien plus douces dans le nord de l'Europe que celles que nous connaissons aujourd'hui. Les températures étaient en moyenne 1 à 2 degrés plus élevées, permettant une maturation des raisins même dans des régions comme la Belgique ou le sud des Pays-Bas.

Les vignobles, concentrés autour des abbayes et des villes comme Liège, Namur, ou Bruxelles, profitaient de pentes bien exposées et étaient cultivés avec des cépages adaptés au climat et au terroir local. Mais quels étaient ces cépages ?

Les cépages historiques cultivés en Belgique

Avant l'avènement des cépages "internationaux" que nous connaissons aujourd'hui (comme le chardonnay ou le pinot noir), les vignobles belges abritaient des cépages bien différents. Plusieurs témoignages historiques et documents anciens nous donnent des indices précieux sur leur identité.

1. Le gouais blanc

Le gouais blanc, connu pour être l'ancêtre de nombreux cépages européens (dont le chardonnay et le gamay), était largement répandu dans toute l'Europe du Nord, y compris en Belgique. Rustique et productif, il prospérait même dans des conditions moins favorables. Cependant, sa qualité de vin était souvent jugée médiocre, ce qui lui valait parfois le surnom peu flatteur de "vin du paysan".

2. L'auxerrois

Ce cépage blanc, toujours cultivé ici et là de nos jours, était également présent en Belgique médiévale. Originaire de la région de Lorraine, il s'adaptait bien aux sols calcaires et climats tempérés, ce qui en faisait un bon candidat pour les coteaux belges. L'auxerrois produit des vins aux saveurs douces, souvent marqués par des fruits blancs et une légère acidité.

3. Le traminer

Bien que peu documenté, le traminer (l'ancêtre du gewurztraminer) aurait également été cultivé sporadiquement dans nos régions. Ce cépage, apprécié pour ses arômes intenses et épicés, trouvait parfois sa place dans les petites parcelles près des abbayes.

4. Des cépages locaux oubliés

Il est également probable que des cépages locaux, aujourd'hui disparus et mal documentés, aient prospéré. Comme dans de nombreuses régions d'Europe, ces cépages "autochtones" n'ont pas toujours laissé de traces écrites. Mais leur mémoire reste vivante dans certains écrits religieux ou administratifs mentionnant des "vignes locales".

Les causes de la disparition des cépages en Belgique

Même si les siècles médiévaux ont été une période florissante pour la viticulture belge, plusieurs facteurs ont conduit à un déclin progressif, puis à l'abandon presque total de la culture de la vigne dans nos régions. Voici les principales raisons :

1. Le petit âge glaciaire

Après l'optimum climatique médiéval, l'Europe connaît une période de refroidissement notable entre le XIVe et le XIXe siècle, appelée le "petit âge glaciaire". Les hivers rigoureux et les étés courts et frais deviennent incompatibles avec la maturité des raisins. Ce changement climatique pousse de nombreuses régions septentrionales, dont la Belgique, à abandonner la culture de la vigne.

2. La concurrence des régions viticoles voisines

Avec le développement des infrastructures de transport (rivières, routes) et le commerce, les vins des régions voisines comme la Bourgogne ou la Champagne deviennent facilement accessibles en Belgique. Ces vins, souvent de meilleure qualité que les productions locales, éclipsent les productions belges, notamment auprès des classes supérieures.

3. L'urbanisation et les enjeux fonciers

Au fil des siècles, l'urbanisation croissante des villes belges transforme les paysages. Les vignobles sont souvent sacrifiés pour faire place à des habitations, des routes ou d'autres infrastructures. De plus, la vigne, qui exige patience et entretien, devient moins intéressante économiquement face à d'autres cultures plus rentables, comme les céréales.

4. Les ravages du phylloxéra

Comme toute l'Europe, la Belgique souffrira également des dégâts causés par le phylloxéra au XIXe siècle. Même si les vignobles belges étaient à cette époque déjà rares et souvent anecdotiques, ce puceron ravageur achèvera d'éteindre certaines exploitations survivantes.

Une renaissance au goût contemporain

Alors que l'histoire semblait sceller le sort de la viticulture belge, les années 20e et 21e siècles marquent une véritable renaissance. La combinaison de plusieurs facteurs, comme le réchauffement climatique, l'évolution des techniques viticoles et une volonté accrue de produire localement, a permis à la Belgique de retrouver ses coteaux viticoles.

Mais cette renaissance se fait sur la base de cépages modernes, souvent mieux adaptés au climat belge actuel, comme le chardonnay, le pinot noir ou encore le müller-thurgau. Les cépages historiques, quant à eux, restent largement oubliés, bien que certains vignerons et chercheurs explorent la possibilité de redécouvrir les variétés d'autrefois.

Et si les cépages oubliés revenaient sur le devant de la scène ?

Pourquoi ne pas imaginer une renaissance des cépages historiques en Belgique ? Avec l'intérêt croissant pour le patrimoine viti-vinicole et les initiatives de replantation de variétés anciennes observées dans d'autres pays, certaines tendances pourraient inciter vignerons et chercheurs belges à revisiter ces cépages. Redécouvrir l'auxerrois ou le gouais blanc en Belgique, dans un contexte climatique contemporain, serait un clin d'œil fascinant au passé.

Ces cépages pourraient également enrichir la diversité des vins belges, tout en leur conférant une dimension patrimoniale unique. C'est peut-être l'occasion de mêler tradition et innovation au sein de nos vignobles, qui continuent de surprendre amateurs et sommeliers du monde entier.

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